Violence psychologique: que pensez-vous de la nouvelle loi?

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La violence conjugale psychologique: très insidieuse, de loin plus meurtrière et fréquente que la violence physique. En êtes-vous victime sans le savoir? Comment se prémunir contre elle?

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Violence psychologique: que pensez-vous de la nouvelle loi?

Violence psychologique: la France devient le premier pays à définir un délit de “harcèlement psychologique” dans le couple:

Le Docteur Geneviève Reichert-Pagnard - Psychiatre, psychotraumatologue, auteur de “Crimes impunis ou Néonta: histoire d’un amour manipulé” - Prime Fluo Editions - 2004 - travaille sur la forme la plus fréquente, la plus destructrice de violence psychologique et de violence dans le couple et la famille: la manipulation destructrice.

Le Docteur Geneviève Pagnard a été auditionnée par les sénateurs. Le Sénat a fait preuve d’une montée en puissance extraordinaire, en introduisant un délit pour harcèlement psychologique dans le couple.

La loi sur les violences faites aux femmes, les violences dans le couple et ses implications sur les enfants, vient d’être adoptée à l’unanimité par le Sénat et, par l’Assemblée nationale en dernière lecture.

C’est un grand pas en avant, et comme je le soulignais dans l’interview par Le Parisien de jeudi 23 juin 2010, c’est une loi au moins aussi importante que la loi Simone Veil de 1975 sur l’avortement.
En effet, si cette dernière a marqué un tournant dans notre Société française pour les femmes, mais aussi pour leur compagnon(s) de vie, la loi qui vient d’être votée par le Sénat et l’Assemblée nationale, marque un tournant dans notre Société, par la prise de conscience d’un certain nombre de points importants.
En premier, depuis quelques années à peine,  de l’existence oh horreur!, de violences physiques dans ce “sacro-saint” huis clos familial, qui impliquait que la famille n’était pas, comme on le croyait un “nid douillet” à l’abri des agressions extérieures, mais bel et bien une zone de non-droit. Violences qui existent depuis que l’institution de la famille existe, c’est-à-dire des milliers d’années…
Dans un deuxième temps, tout récemment, ces toutes dernières années, on a pris conscience que, excepté une violence physique grave allant jusqu’à un handicap de la victime, voire à sa suppression pure et simple par le meurtre, il existait une autre forme de violence, plus grave encore et surtout plus constante, les violences psychologiques.
Ce n’est qu’entre le vote de cette nouvelle loi par l’Assemblée  nationale, et celui par le Sénat qu’on a pris conscience “in extremis” qu’il existe une forme de violence psychologique beaucoup plus fréquente, beaucoup plus insidieuse, et surtout, beaucoup destructrice qu’est la manipulation destructrice dont le harcèlement psychologique n’est qu’une partie repérable du processus.

Il s’agit d’un évènement exceptionnel et d’une portée tout aussi exceptionnelle. En effet, la création, au sein de ce nouveau texte de loi, non plus d’un vague délit de “violence psychologique” comme l’avait proposé l’Assemblée nationale, mais celui plus circonscrit et efficace, d’un délit de “harcèlement psychologique” révèle une première prise de conscience par le Sénat et qui constitue une montée en puissance, de l’existence d’un processus systématisé de violence psychologique qui nécessite son introduction au pénal, afin de pouvoir le sanctionner et de reconnaître l’agresseur comme un délinquant.

La France peut ainsi s’enorgueillir, fièrement, d’être le premier pays au monde à avoir soulevé cette grave problématique, et à avoir pris une première mesure de ses implications.

Je suis extrêmement heureuse que mon combat, seule, depuis 6 ans, ait trouvé enfin une écoute attentive lors des auditions au Sénat, où j’ai effectivement été le seul psychiatre à avoir été auditionné, par Monsieur Courteau, à qui ce projet tient à coeur depuis de nombreuses années, par Monsieur Pillet, président de la Commission des lois, par Madame Dini, présidente de la Commission des affaires sociales.
Ainsi, contrairement à ce que je pensais, je n’ai pas perdu 6 années de vie professionnelle, d’investissement acharné, à essayer de montrer l’existence de clés que j’ai mis en évidence depuis 2004 dans “Crimes impunis”, à voir ce que les autres ne voyaient pas, à décrypter des dossiers de procédures douloureux de victimes (parents et enfants) de manipulation destructrice, contre lesquelles la machine judiciaire se retournait implacablement, de dossiers d’incestes (qui fait partie couramment de la manipulation destructrice), de dossiers d’enlèvement d’enfants par un parent victime qui n’a d’autre choix que de fuir à l’étranger pour tenter de préserver ses enfants, faute d’avoir été entendu par la Justice, voire de certains dossiers de meurtres où le profil du manipulateur destructeur se retrouve aussi.
L’aboutissement de ces années de lutte et surtout d’impuissance face à un déroulement implacable pour les victimes, trouve aujourd’hui sa juste récompense. J’ai voulu mettre tout en oeuvre pour que la manipulation destructrice apparaisse au grand jour et fasse l’objet d’une loi.
C’est chose faite aujourd’hui. La convergence d’observations apportées par un ensemble d’intervenants auprès de ces victimes a permis au Sénat de prendre la mesure de l’ampleur et de la gravité de cette violence psychologique particulière.

Le deuxième volet de mon combat, est de la faire connaître au plus grand nombre, par le grand public. Cela semble vouloir enfin se mettre en place. Le Parisien d’abord qui a tenu à faire figurer le terme de “manipulation destructrice” juste en-dessous de celui de “harcèlement psychologique”, parce que Madame Echkenazi qui n’est pourtant pas une spécialiste de ce sujet, a pris conscience instantanément que le terme de “harcèlement” n’était qu’une partie de cette problématique et que le vrai danger en était la manipulation (de tous, victimes, entourage, magistrats etc.), et, la destruction des victimes (parents et enfants).
Je rend hommage à sa clairvoyance, elle qui pourtant, n’a pas l’expérience de terrain dont se prévalent bien d’autres…
Après Madame Echkenazi, d’autres médias, Fr3 etc., se lancent sur ce sujet, et ont la même réaction qu’elle…

Cela m’amène à une réflexion. Si la prise de conscience par le Sénat a été, somme toute fulgurante, et je ne peux que lui rendre un puissant hommage, compte tenu de la difficulté qu’une personne non avertie a, d’appréhender un processus aussi insidieux, monstrueux et onéreux pour la Société qu’est la manipulation destructrice, cette prise de conscience reste nécessairement fragmentaire, pour le moment.
En effet, la majorité (au sens bulletins de vote), n’a pas pris la mesure de l’existence en deux temps du processus de manipulation destructrice.
Ce processus existe pendant la vie familiale et lors de la séparation, et cela a été bien entendu. Mais il existe aussi et surtout après la séparation et perdure, en l’état actuel des choses, jusqu’à la majorité des enfants (au moins) dans beaucoup de dossiers, réactivant sans cesse la violence envers le parent victime et ses enfants, à la faveur de l’exercice de l’autorité parentale conjointe, et, du droit d’hébergement par le parent agresseur (quel qu’il soit: droit de visite et d’hébergement classique, ou garde alternée, ou pire encore, résidence exclusive des enfants).

En effet, toute décision que le parent victime tentera de prendre (choix d’une école, choix d’une matière comme l’anglais ou autre, choix d’une activité périscolaire etc. etc.) se heurtera à un refus systématique de la part du parent manipulateur destructeur, ce qui entretiendra la violence et tous les risques encourus par les victimes (parents et enfants), de violence physique, mais surtout de violence psychologique à l’égard du parent victime et de ses enfants.
L’hébergement des enfants chez le parent agresseur, sera de même, le théâtre de la poursuite de la violence sur le parent victime (directement, ou, par le truchement des enfants, destruction physique, psychologique, financière, parentale), et sur les enfants (directement et par la destruction de l’image du parent victime faite par le parent agresseur)…

Ainsi, en acceptant les amendements visant à fixer des mesures particulières pour l’autorité parentale conjointe et, pour l’instauration d’un droit de visite SIMPLE, dans un lieu neutre, en présence d’un professionnel formé, les sénateurs ont édifié une loi sur “deux jambes”: celle de la violence intrafamiliale, et un balbutiement pour la violence qui perdure après la séparation.

Mais,  tant que les professionnels judiciaires (surtout les juges aux affaires familiales et les “experts” psy, dans un premier temps), ne seront pas formés à la connaissance de ce processus si insidieux et destructeur qu’est la manipulation destructrice, la réalité de la poursuite de la violence après la séparation risque de continuer à échapper à l’oeil pourtant attentif des magistrats concernés, et la loi ne trouvera pas de ce fait, la pleine expression qu’elle mérite.

Ainsi, les victimes (parents et enfants) risquent de n’être protégées que par rapport à la vie commune et à la séparation, mais plus ensuite…

D’autre part, le refus par la majorité des sénateurs, mais l’acceptation ensuite par l’Assemblée nationale, de l’amendement sur le bracelet électronique, est une première de prise de conscience, de ce qu’est l’état d’une victime de traumatisme. En effet, par la simple possession d’un bracelet électronique par le parent agresseur, et d’un boîtier par la victime, cela permettra l’émission d’un signal à la police, dès lors que l’agresseur se rapprochera à moins de 400 mètres de la victime.

Toutes les victimes de traumatismes (attentat, braquage de banque, viol etc.) ont en commun, la peur de se retrouver en présence de leur agresseur ou de l’élément qui a occasionné le traumatisme. Ainsi, le parent victime est, comme toutes les autres victimes de traumatismes, constamment sur le qui-vive, ce qui est, non seulement, très stressant, mais aussi, de nature à freiner la sortie d’un état de traumatisme.

Or, à la différence des victimes de traumatismes autres, la victime d’un conjoint manipulateur destructeur est exposée en permanence au risque de se retrouver nez à nez avec lui, puisqu’il suit sa victime partout, et crée volontairement la rencontre pour la menacer un peu plus. Il ne s’agit pas là d’une rencontre fortuite comme celle d’un employé de banque avec le braqueur…

La peur permanente, à chaque sortie de son domicile, à chaque course dans un magasin etc. etc. est extrêmement éprouvante. Un simple bracelet électronique permettra d’éviter cela, mais aussi éviter que la victime (parent ou enfant) se fasse “tirer comme un lapin” par un tir à distance. Mais cette mesure ne s’adressera pour le moment, qu’à des conjoints condamnés à une peine lourde…
La seule “privation de liberté” que cela occasionnera au parent agresseur, sera, encore une fois, de ne pas se rapprocher à moins de 400 mètres de la victime. Malheureusement, en limitant cet amendement à des cas très lourds, la privation de liberté pour la victime restera totale, permanente, et, traumatisante. A moins que la perspective d’un emprisonnement, prévu par cette nouvelle loi, ne soit suffisamment dissuasif pour les conjoints agresseurs…

Mais ce dispositif  n’empêchera le parent manipulateur destructeur de poursuivre ses victimes de mails, sms etc. sentencieux où  il se montrera sentencieux et méprisant, ou bien, où il pourra continuer à se faire plaindre pour mieux maintenir la culpabilité chez ses victimes. Ce dispositif permettra aussi, d’éviter que le parent manipulateur destructeur ne masque ses intentions violentes sous ce double visage lisse et “au-dessus de tout soupçon”.

L’amendement sur la médiation pénale a été également accepté. La médiation, comme toute chose prévue par la Constitution, y compris le maintien du contact d’un parent, avec ses enfants, ne peut s’appliquer qu’à des personnes “normales”. Il ne s’agit pas ici, de “conflit parental ordinaire ayant entraîné un conflit de loyauté chez les enfants“, comme le pense involontairement un certain nombre de juges aux affaires familiales, faute de formation, mais bien de l’action d’un conjoint agresseur sur le parent victime, et, sur les enfants, et ce, pendant toute la durée de la vie familiale, et, pendant de nombreuses années encore après la séparation.

Il s’agit là en effet, d’une situation d’agression grave, permanente, systématisée, par un parent psychotique (pervers narcissique, paranoïaque et psychopathe). Situation qui aboutit à des suicides, maladies chroniques, meurtres, enlèvements d’enfants (cas de La Haye, dont les coûts pour l’Etat sont énormes).

Le refus de l’amendement sur la formation des professionnels, en vertu de l’article 40, vide malheureusement cette loi de son potentiel de loi phare et de son efficacité. On a fait de l’agresseur un délinquant, mais on prive la Justice des moyens de détecter ce type de violence et de détecter l’agresseur psychotique, de protéger les victimes, notamment après la séparation, et, l’Etat se prive des moyens d’économiser des sommes gigantesques (évaluation à 2 milliards d’euros, uniquement en ce qui concerne les violences déclarées, ce qui laisse entrevoir la possibilité de coûts beaucoup plus importants si on tient compte réellement de tous les cas existants.)

La loi existera, mais les magistrats et autres professionnels en charge de ces dossiers, ne sauront toujours pas reconnaître cette forme de violence psychologique, pourtant la plus fréquente et la plus destructrice, et si bien cachée dans le huis clos familial qu’est la manipulation destructrice…

Les sénateurs ont insisté sur la nécessité impérieuse de former les professionnels judiciaires et le gouvernement devra présenter dans un an, un rapport sur ce que chaque ministère aura mis en place dans ce sens. Encore une fois, faute de formation, ce processus de manipulation destructrice, si insidieux, si difficile à cerner et à concevoir par l’intensité de son caractère manipulatoire et destructeur, ne sera pas détecté et, les victimes continueront à en subir sa violence destructrice.

Docteur Geneviève Pagnard, le 24 juin 2010.
Ainsi, violence conjugale, grande cause nationale 2010: mythe ou réalité? Aujourd’hui, nous pouvons répondre avec bonheur: réalité… encore insuffisante, tant que les professionnels ne seront pas formés!…

Chapeau pour nos sénateurs qui ont su voir clairement, ce que peu de personnes jusque là voyaient et mesuraient!

En Europe, la lutte prend des formes diverses. Chaque jour en Europe, selon la Commission européenne pour l’égalité des chances 2002, une femme sur cinq est victime de la violence.

Selon les pays en Europe, de 20 à plus de 50% des femmes sont victimes de violences conjugales. Des centaines de milliers de femmes sont confrontées à des violences physiques et psychiques, chez elles où à l’extérieur, des violences qui sont parfois perpétrées par les pouvoirs publics ou des structures coercitives (Commission européenne).

En Afrique du Sud, toutes les six heures en moyenne, une femme est tuée par son mari ou son compagnon (Amnesty international).

Le taux de maltraitance des femmes est au Bengladesh de 61,7 % des femmes, des chiffres intermédiaires dans les états de pays émergents comme la Thaïlande (41,1 % dans les villes) ou le Brésil (28,9 % en zone urbaine) - OMS 2006.

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